Mon Nice 2009

 

Nice, Plage du Centenaire, 28 juin, 6h30

Le soleil darde mollement ses premiers rayons (bon, là, vous allez me dire: comment est-ce possible de darder mollement? Un dard, c’est forcément dur, tout comme un andalou est forcément ténébreux, et un calisson, forcément d’Aix. A ça, je réponds que vous voyez parfaitement ce que je veux dire, et que si vous m’interrompez à chaque phrase, le compte-rendu va durer plus longtemps que la course). Le soleil, disais-je donc, darde mollement ses premiers rayons, réservant ses flèches les plus acérées pour l’après-midi.

Ils sont là, pieds nus, vêtus de l’uniforme noir des augures incertains, 2800 spartiates aux Thermopyles, 2800 Edmund Hillary face à l’Everest, 2800 Madame Michu devant la porte de Cora Houdemont le 1er jour des soldes. Ils sont venus, ils sont tous là, il y a même Marcel, le fils maudit, venu du fond de l’Hispanie, qui va encore tout faire péter. S’ils se massent ainsi, la cuisse veineuse et l’aisselle épilée, ce n’est pas pour quérir l’ensemble écran plat Sony 107cm + home cinéma à 750 EUR, mais quelque chose de bien plus accessible: la médaille de finisher.

Je suis parmi eux au signal du starter, relégué dans le sas des piètres nageurs, espérant ainsi échapper à ma hantise triathlétique, la grosse baston, l'essorage 1200 tours avec moi dans le rôle de la Vizirette. Ce premier objectif n’est pas atteint: la mer, si calme quelques instant plus tôt, est maintenant le théâtre d’une séance d’accouplement collectif de batraciens géants, sans parade nuptiale préalable et avec une perspective de fécondation pour le moins aléatoire. Jamais vu ça! Après 2000m, c’est encore «viens là, mon gros loup, ne fais pas ton timide».  A part ça, eau à 22°C, pas de clapot, un peu gêné sur le retour par le soleil dans les yeux. 1h28’ et une sortie à l’australienne plus tard, j’émerge des flots, pris en charge par une indéfectible équipe de bénévoles, qui pousse la perfection jusqu’à nous enduire les épaules de crème solaire.

Après une transition sans souci particulier, c’est parti pour une balade dans l’arrière-pays niçois. Les 20 premiers km sont plats, puis on entre dans le vif du sujet, avec une bosse courte mais à plus de 10%. Elle marque le début d’une portion montante de 100km environ, entrecoupée de descentes souvent techniques, qui nous emmène, à plus de 1100m d’altitude, au plateau de Caussols via, notamment, le col de l’Ecre et ses 20km d’ascension. Je suis loin d’être flamboyant dans les grimpettes (théoriquement mon point fort), mais je remonte quand même pas mal de monde, en veillant bien, toujours échaudé par le souvenir cuisant d’une fin de marathon avec la jauge dans le rouge à Francfort, à ne rater aucun des nombreux ravitaillements et à manger régulièrement: gels (beurk), gels salés (celui qui a inventé ça mérite la prison), cake salé préparé par le chef-cuistot Thierry Piccoli (pas mal mais aarghh, plus de salive pour l’avaler, je crache ou j’essaie de faire descendre avec un peu d’Hydrixir parfum menthe?). L’alimentation sur IM est décidément à la cuisine ce que les Forbans sont au rock’n’roll.  Heureusement, le fan-club est là, ma p’tite famille, ainsi que Calou et Cat, qui ne mesurent pas leurs encouragements. 

Enfin, c’est le début d’une portion de 50km de plat et de descente jusqu’au parc. La descente n’est pas de tout repos, avec de nombreux virages qui ont méchamment tendance à se refermer. Quelques vélos de contre la montre, toutes roues à bâton et paraculaires dehors, me repassent comme des avions (il faut bien que ça les avantage à un moment ou l’autre). D’autres ont moins de chance: les crevaisons sont nombreuses (boyaux gonflés à 11 bar et chaleur ne font pas bon ménage) et une ou 2 chutes me semblent sérieuses, à voir le SAMU et les pompiers s’affairer auprès de silhouettes immobiles. La partie finale est interminable: longues lignes droites vent de face vers Saint Laurent du Var, longues lignes droites vent dans le dos sur le retour vers Nice. Malgré la lassitude, il faut rester concentré jusqu’au bout: le touriste niçois est assez joueur, et a tendance à se jeter sous les roues pour atteindre son Eldorado à lui, la plage. Les efforts des bénévoles ne suffisent pas à endiguer la foule des lemmings en folie, les écarts et coups de patins sont nombreux, et on relève même (si je peux dire) quelques chutes. Je n’ose imaginer le désarroi du triathlète qui vient de se fader 180 bornes de vélo et qui se retrouve au tapis parce qu’une mamie a décidé qu’elle devait arriver au bord de l’eau à 13h30, et pas à 13h31, question de karma, vous comprenez… Vélo: 5h45’, 1300 places gagnées (mais je revenais de loin).

La transition fournit l’occasion de refaire le niveau de crème solaire, y compris sur ma nuque brûlée par la combi et l’eau de mer. Merci madame, mais aïe, non, pas là… En route maintenant pour le marathon.

 

A Nice, pour ceux qui ne connaissent pas, le marathon est constitué de 4 allers-retours entre l’aéroport et la ligne d’arrivée. Le côté positif, c’est que c’est ultra plat, qu’on passe 8 fois devant le fan-club, et qu’on croise tout aussi souvent les petits copains.  Le côté négatif, c’est que c’est monotone, qu’on passe 8 fois au même endroit et qu’à l’aéroport, au demi-tour, on a une vue magnifique de toute la baie avec, au loin, un point minuscule et c’est justement là qu’il faut aller. Au début du marathon, l’envie de bâcher est forte: les jambes sont raides, tournent péniblement à un 11,5 km/h qui ne présage rien de bon pour la suite. Je croise Thierry, il a environ 30’ d’avance  sur moi, je vois qu’il est bien, on s’encourage, mais les idées noires sont toujours à la porte, prêtes à s’infiltrer par la moindre brèche. Heureusement, les ravitaillements sont nombreux, et constituent un point de mire qui permet de découper le marathon en petits bouts pas trop indigestes. Je me crée un rituel à chaque ravito: passage sous la douche, boisson énergétique ou Coca, banane ou orange ou gel. Le sourire des bénévoles, inamovible malgré les projections de liquide divers qu’ils subissent au gré des lancers approximatifs de gobelets à moitié pleins, les encouragements du fan-club (mon fils et ma chérie qui courent 100m à côté de moi, ma fille qui m’engueule parce que je marche un peu), c’est tout ce qu’il faut laisser entrer, tout le reste doit rester à l’extérieur.

Alain est entré dans la danse à son tour, Thierry est toujours solide. Je me dis que les 3 de Laneuveville vont être finishers, en moins de 12 heures sur ce parcours costaud. Après 8h20 de course, je croise Marcel Zamora, en vue de l’arrivée. Il triomphe pour la 4ème fois, et boucle notamment son marathon en 2h43’. Deux mondes se croisent … A 200m de l’arrivée, je rattrape Laurent Collin (ex-Laneuveville, maintenant au TNL, mais on l’aime bien quand même!). On finit ensemble, bras dessus, bras dessous, mes enfants sont aussi avec moi, ça tombe bien, je suis preneur à ce moment là du maximum d’émotions. Après, tout s’enchaîne (trop) vite, la médaille, le tee-shirt, la transition est brutale, la tension retombe, les jambes flageolent, la nausée n’est pas loin: c’est fini.

Je boucle l’Ironman de Nice en 11h27’, après 4h01 sur le marathon. Thierry Piccoli a été impérial,  en 10h48’ pour son premier IM (1h12/5h35/3h50), avec un mental en acier trempé, qui laisse augurer de belles choses pour les prochaines compétitions et Alain Carolus, inarrêtable en 11h51’, presque déçu que ça se termine, il commençait à peine à être chaud.

Nice, Promenade des Anglais, 28 juin, 22h35.

Les mêmes, attablés devant une bière, avec nos chéries, mes enfants, et Nicolas Claude, du TNL, aux anges après avoir bouclé son IM en 11h48. Le feu d’artifice célébrant l’arrivée du dernier finisher vient de se terminer. En face, sur la promenade, quelques triathlètes marchent. Ils ont dépassé la limite fatidique des 16 heures, ne recevront ni médaille, ni tee shirt, ne figureront pas dans le classement, et pourtant, ils iront jusqu’au bout.

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